Les producteurs laitiers otages de la guerre des prix
Dans la véritable guerre des prix qui se déroule actuellement entre les coopératives et les groupes privés laitiers, les producteurs se retrouvent en position d’otages sous le feu croisé des protagonistes.
En effet, Lactalis, premier groupe laitier français, a annoncé il y a quelques jours qu’à compter du 1er mars 2005 (et donc de manière rétroactive, sans avis ni accord préalable), il ajusterait le prix du lait payé aux producteurs à celui qui est pratiqué par certaines coopératives laitières. Celles-ci ont ainsi été les premières à trahir leurs adhérents, en appliquant une nouvelle baisse de 3 euros/1000 L de lait, c'est-à-dire une baisse supplémentaire par rapport aux recommandations du dernier accord national de la « profession » sur le prix du lait, pris au sein de l’interprofession laitière en septembre 2004.
Il est inadmissible que certaines coopératives aient à ce point oublié leur mission et leurs coopérateurs, en donnant le premier signal à la baisse des prix. Il n’est pas acceptable que Lactalis impose lui aussi cette baisse, ne voulant pas faire une marge inférieure à celle des coopératives ! On s’interroge sur ce qui justifie la nécessité d’augmenter leurs marges, puisque rien n’indique que le coût du traitement du lait soit en augmentation.
Cette situation témoigne une nouvelle fois des dysfonctionnements de la filière laitière au détriment des éleveurs. Alors que beaucoup d’entre eux ont un revenu inférieur au SMIC, il est révoltant qu’une nouvelle baisse du prix du lait leur soit imposée, d’autant plus que cette situation n’est pas favorable aux consommateurs puisque, pour eux, le prix du lait ne baisse pas.
L’interprofession doit mettre fin à la guerre actuelle et se préoccuper enfin des intérêts des producteurs. Il est inacceptable que certains membres du CNIEL se rendent complices de cette situation, en siégeant comme administrateurs dans des coopératives qui ne respectent pas l’accord national. La CR réclame de rentrer dans l’interprofession laitière, afin qu’un vrai syndicat soit là pour défendre les producteurs. Espérons que, d’ici là, la solution annoncée dans les trois semaines à venir ne sera pas une nouvelle fois en leur défaveur...
Le 15 avril 2005 à 15 h 40
